Catégorie : L’ANALYSE

  • La crise lycéenne outre-mer révèle la crise de l’École et de l’égalité territoriale

    La crise lycéenne outre-mer révèle la crise de l’École et de l’égalité territoriale

    Crise de l’école, crise de l’égalité territoriale 

    Il faut prendre au sérieux la colère des lycéens. Non parce que toute colère serait nécessairement juste dans chacune de ses formes, ni parce que les violences commises contre les personnes ou les biens pourraient être excusées, mais parce qu’une mobilisation de cette ampleur ne naît jamais de rien. Et nous sommes en présence du plus grand mouvement lycéen connu depuis 50 ans…

    Depuis la mi-septembre, des centaines de milliers de jeunes, de parents et d’enseignants ont exprimé, dans l’Hexagone comme dans les Outre-mer, le même sentiment d’une École qui ne garantit plus les conditions permettant à chacun de construire son avenir.

    En faire une stigmatisation sous forme de puérilité supposée ou d’instrumentalisation orchestrée comme l’expriment des contempteurs de bonne conscience sur les réseaux sociaux serait ridicule et aveugle. Nous avons en l’espèce un devoir de vigilance informationnelle. Car soyons francs : qui instrumentalise les classes surchargées ? Qui instrumentalise l’absence de professeurs ? Qui instrumentalise la vétusté des bâtiments ? Qui instrumentalise le fait que des lycéens se passent de déjeuner faute de moyens ? Qui instrumentalise la chaleur dans des salles mal adaptées au climat ? Qui instrumentalise l’inquiétude de jeunes adolescents qui ne voit pas d’avenir devant eux ? Ni LFI, ni Peyi-a, ni les réseaux sociaux !

    On ne peut vouloir disqualifier les revendications des lycéens qui ont conduit les jeunes à se mobiliser en évoquant uniquement la violence. Cette violence aux abords des établissements scolaires doit être condamner certes. Mais elle ne fait pas disparaître pour autant une autre violence qui est celle de la relégation scolaire, de l’inégalité territoriale et du sentiment d’abandon. Les jeunes sont des citoyens en devenir. Ils peuvent commettre des actes répréhensibles, mais ils peuvent aussi porter une parole politique parfaitement légitime. Il faut les respecter. Parler de puérilité c’est être puéril soi-même. N’oublions pas le mot de François Mitterrand en l’espèce : « La jeunesse n’a pas toujours raison, mais ceux qui la critiquent ont toujours tords. »

    La mobilisation des lycéens qui traverse la France depuis la fin septembre n’est pas un simple mouvement de colère adolescente. Partie des établissements populaires de la région parisienne, elle s’est étendue à une grande partie du territoire, jusqu’à concerner plus d’un millier de lycées sur toute la France et sur les dits outre-mer. Le 1er octobre, le ministère de l’Intérieur recensait 1 027 établissements concernés et 1 949 interpellations. Cinq jours plus tard, le nombre d’interpellations dépassait les 6 000. Au 5 octobre, Matignon faisait état de 215 élèves et 715 policiers ou gendarmes blessés ; dix enquêtes avaient été confiées à l’IGPN.

    Au 6 octobre, 891 lycées avaient vu leurs cours totalement ou partiellement suspendus et environ 86 000 manifestants avaient été recensés dans les cortèges de province, auxquels devaient s’ajouter plusieurs dizaines de milliers de personnes à Paris. Les revendications sont connues : manque d’enseignants, classes surchargées, bâtiments dégradés, emplois du temps, orientation, Parcoursup, conditions d’étude.

    Mais la réponse apportée au mouvement mérite elle aussi d’être regardée précisément. Les interpellations se comptent désormais par milliers et plusieurs adolescents ont été grièvement blessés lors d’affrontements avec les forces de l’ordre. Dix enquêtes ont été confiées à l’IGPN. La question n’est pas ici de nier les violences commises par certains manifestants ni les blessures subies par des policiers. Elle est de savoir comment une démocratie doit répondre à une mobilisation dont les principaux acteurs sont des mineurs.

    Et c’est précisément depuis les Outre-mer que cette question prend une dimension particulière.

    Derrière les blocages, les barricades et les affrontements, les revendications sont pourtant remarquablement concrètes. Ce sont le manque d’enseignants, de classes surchargées, d’emplois du temps incohérents, de bâtiments dégradés, de difficultés d’orientation, de pression de Parcoursup. Les lycéens expriment aussi une inquiétude plus profonde qui est celle de ne plus croire que l’École permettra à chacun de construire son avenir dans des conditions équitables.

    Or, la réponse de l’État a rapidement changé de nature. Elle n’a pas été à la hauteur. Après avoir considéré les premières mobilisations comme l’expression de banales revendications lycéennes, le gouvernement a parlé ensuite de « violences urbaines » et mobilisé CRS et gendarmes mobiles. Pour des actions de répressions dures, espérant mater dans l’œuf le mouvement lycéen. Il a fait la même erreur qu’avec les « Gilets jaunes » à partir de novembre 2018 puis en 2019. Et cette évolution du vocabulaire n’est pas anodine. Elle contribue à faire passer au second plan la question initiale qui est de savoir pourquoi une génération de lycéens considère-t-elle aujourd’hui que son École ne lui donne plus les moyens de réussir ? C’est la question que le Gouvernement aurait dû se poser et qu’il a écartée d’un revers de main, toujours avec la même condescendance péremptoire qui est à l’œuvre depuis 2017 en France.

    Mais désormais, les blessures graves de plusieurs adolescents ont encore déplacé le débat. Un lycéen de 15 ans a perdu une main à Lens, un autre a perdu l’usage d’un œil à Tours et plusieurs enquêtes portent désormais sur les conditions d’intervention des forces de l’ordre. Cela ne dispense évidemment pas de condamner les violences commises contre les policiers, les personnels éducatifs ou les établissements. Mais cela impose de poser une question démocratique élémentaire qui est de s’interroger sur une République démocratique qui traite ainsi de façon autoritaire et non démocratique une mobilisation dont les principaux acteurs sont des mineurs ? Sont sa jeunesse ? Des enfants dont nous pourrions tous être parents ?

    Quand l’égalité républicaine devient une question territoriale

    Cette question prend une résonance particulière dans les Outre-mer.

    Car les lycéens dans les dits outre-mer ne vivent pas exactement la même crise que leurs camarades de l’Hexagone. Ils connaissent d’évidence les mêmes difficultés, mais dans des territoires où certaines d’entre elles sont plus anciennes, plus structurelles et parfois beaucoup plus brutales.

    En Martinique, le mouvement a concerné seize établissements au 6 octobre. Dès le 2 octobre, le rectorat recensait douze tentatives de blocage et neuf établissements fortement perturbés. Onze personnes avaient été interpellées, dont sept mineurs. Des tirs de gaz lacrymogène ont été signalés aux abords de plusieurs lycées. Les revendications portent sur les horaires, les emplois du temps, les conditions d’étude, mais aussi sur la chaleur dans les établissements.

    En Guadeloupe, au moins sept lycées étaient concernés le 6 octobre. Les élèves dénoncent notamment la vétusté des bâtiments, les conditions thermiques et les problèmes de remplacement des enseignants. Le recteur lui-même a reconnu la nécessité d’améliorer le remplacement des professeurs et l’organisation des emplois du temps.

    À La Réunion, la mobilisation a rapidement concerné 17 des 49 lycées de l’île. Là encore, les revendications mêlent chaleur dans les salles, état des bâtiments, manque d’enseignants et conditions générales de scolarité. La journée du 2 octobre avait donné lieu à 28 interpellations et six policiers blessés.

    En Guyane et à Mayotte, les revendications prennent encore une dimension particulière : manque de personnels, classes surchargées, équipements insuffisants, problèmes de sécurité, restauration, sanitaires, transports ou état des bâtiments. Dans certains établissements, les élèves ne réclament donc pas seulement une amélioration du service public : ils demandent que celui-ci fonctionne dans des conditions que l’on considérerait comme ordinaires ailleurs.

    C’est là que l’Outre-mer devient une focale essentielle pour comprendre la crise nationale.

    Dans l’Hexagone, le lycéen dit : « Mon lycée se dégrade. »

    Dans les territoires outre-mer, la revendication peut prendre une autre signification : « Pourquoi les conditions dans lesquelles nous étudions sont-elles si différentes de celles dont bénéficient les autres jeunes de la République ? »

    La question scolaire devient alors une question d’égalité territoriale.

    Une salle sans ventilation dans un établissement de métropole n’a pas nécessairement la même signification qu’une salle étouffante sous le climat tropical. Un professeur non remplacé n’a pas le même impact dans un territoire où l’offre de formation supérieure est plus limitée et où poursuivre ses études suppose souvent de partir à plusieurs milliers de kilomètres. Un bâtiment vieillissant n’est pas seulement une question de confort lorsqu’il s’inscrit dans une accumulation ancienne de retards d’investissement.

    Les mêmes normes administratives peuvent donc produire des situations profondément différentes.

    C’est toute la contradiction de l’égalité républicaine qui réapparaît ici. L’État peut garantir les mêmes programmes, les mêmes diplômes et les mêmes règles. Mais l’égalité juridique ne garantit pas nécessairement l’égalité réelle.

    Et c’est précisément ce que les lycéens outre-mer semblent rappeler à travers leur mobilisation. Ils ne demandent pas un traitement de faveur, ils demandent que l’égalité proclamée devienne une égalité vécue.

    Cette dimension est d’autant plus importante que la réponse policière intervient dans des territoires qui connaissent une histoire sociale particulière. En Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à La Réunion ou à Mayotte, les mobilisations de jeunesse s’inscrivent dans une mémoire collective où la question du rapport à l’État, de la reconnaissance et de l’égalité territoriale est particulièrement sensible. Il serait excessif d’en déduire que toute intervention policière relève d’une stratégie spécifique de répression dans les dits outre-mer. Les faits disponibles ne permettent pas encore une telle conclusion. Mais ils justifient pleinement que l’on compare les dispositifs, les interpellations, les moyens employés et les réponses institutionnelles dans l’Hexagone et dans les territoires dits d’outre-mer.

    L’échec d’une politique de colonialité

    Car une autre question apparaît alors, celle de savoir pourquoi des adolescents sont obligés de bloquer leur établissement pour que soient enfin discutés les problèmes qui affectent leur scolarité ? On est dans une situation onirique. Le mouvement lycéen révèle ainsi quelque chose de plus profond que la seule crise de l’Éducation nationale. Il met en lumière une crise de la promesse républicaine.

    Et l’Outre-mer en constitue peut-être le révélateur le plus sensible, compte-tenu de sa situation de colonialité.

    De ce point de vue, les jeunes d’outre-mer ne sont pas à la périphérie de cette mobilisation. Ils en montrent le cœur, à savoir que derrière les revendications sur les professeurs, les bâtiments, les horaires ou l’orientation se trouve une question fondamentale, celle de s’interroger si la République garantit réellement les mêmes possibilités à tous ses enfants, quel que soit le territoire dans lequel ils sont nés.

    La crise lycéenne pose donc en définitive une question qui dépasse largement l’École et qui pose plus fondamentalement la question du maintien d’une égalité de principe une égalité de principe lorsque les conditionsconcrètes d’existence, d’éducation et d’avenir demeurent aussi différentes selon les territoires ?

    C’est peut-être depuis les Outre-mer que cette question apparaît aujourd’hui avec le plus de netteté.

    Pascal Margueritte

  • La Gauche a-t-elle encore plusieurs mondes à imaginer ?

    La Gauche a-t-elle encore plusieurs mondes à imaginer ?

    De Clemenceau et Jaurès à Césaire, de Lamine Senghor au dernier livre d’Arturo Escobar, « Un autre possible est possible », de Malcom Ferdinand à Marcellin Nadeau, une même orientation pour retrouver le fil perdu par la Gauche de l’émancipation des peuples… Et il n’est pas anodin que les Journées parlementaires des groupes GDR/CRCE-K au Parlement aient inscrit une réflexion sur la colonialité avec comme participants Marcellin Nadeau, Malcom Ferdinand et Patrick Viveret, ce 30 septembre 2026 au Havre.

    Il y a des livres qui arrivent à un moment où ils semblent répondre à une question que l’on ne formulait pas encore tout à fait. Un autre possible est possible, d’Arturo Escobar, est de ceux-là.

    Anthropologue colombien, Escobar part d’une proposition apparemment simple sur ce que nous appelons « le réel », mais qui en fait n’est jamais neutre. Nos sociétés, dit-il, ont construit des manières de définir ce qui est possible, raisonnable, moderne, souhaitable. Et ces définitions bornent notre imagination politique. Son concept de « plurivers » désigne ainsi un monde dans lequel plusieurs mondes peuvent tenir ensemble. Non pas simplement plusieurs cultures dans un monde unique, mais bien plusieurs manières de faire monde. Cette proposition est pour nous considérable, tant elle pose à la Gauche une question qu’elle devrait peut-être se poser à nouveau, qui est celle de se demander si son problème n’était pas seulement de ne plus savoir quelle politique mener, mais surtout d’avoir progressivement perdu la capacité d’imaginer plusieurs mondes possibles ?

    Le monde unique de la modernité

    De fait, pendant longtemps, la Gauche a voulu transformer le monde. Elle contestait le capitalisme, l’exploitation, l’impérialisme, les hiérarchies sociales. Elle parlait surtout d’émancipation parce qu’elle considérait que l’ordre existant n’était ni naturel ni éternel. Et cette histoire est moins linéaire qu’on ne le raconte parfois. La Gauche française fut en effet traversée de contradictions sur la question coloniale. En 1885, par exemple, Georges Clemenceau s’opposa à Jules Ferry et à la justification de la colonisation au nom de la prétendue « civilisation ». Son argumentaire était notamment politique, économique et républicain. Il ne constituait certes pas encore la critique décoloniale que nous connaissons aujourd’hui. Mais il refusait déjà l’idée qu’une puissance puisse s’arroger un droit sur d’autres peuples au nom d’une hiérarchie entre les « races ». Jaurès, de son côté, ne fut pas davantage un penseur anticolonial au sens contemporain du terme, mais son parcours fut complexe et traversé d’évolution, très intéressantes et significatives de sa pensée. Ses interventions contre la politique française au Maroc, notamment en 1907 et 1908, témoignent d’une volonté remarquable de soumettre l’expansion coloniale aux principes de justice, de droit et d’internationalisme qu’il revendiquait. Il faut donc regarder cette histoire sans nostalgie ni mythologie. Car pendant que la Gauche française débattait de la République, de la classe ouvrière et de la colonisation, des hommes colonisés étaient déjà en train de lui poser une question beaucoup plus radicale, celle de l’émancipation. Peut-elle être universelle si elle laisse des peuples en dehors de son universel, demandent-ils ?

    Lamine Senghor : quand l’universel rencontre le colonisé

    Lamine Senghor est l’un de ceux-là qui rendent cette question impossible à esquiver.

    Ancien tirailleur sénégalais, gazé dans les tranchées de Verdun et de la Somme, militant communiste puis figure majeure du mouvement anticolonial, il participe dans les années 1920 à la naissance d’une politique noire autonome, soutenu en cela par Paul Vaillant-Couturier, autre figure emblématique majeure de la Gauche. En 1927, Lamine Senghor devient le premier président de la Ligue de défense de la race nègre, et son parcours est particulièrement révélateur. Il part d’une solidarité internationaliste et de classe, puis se heurte aux limites d’un mouvement ouvrier qui ne prend pas suffisamment en charge le racisme colonial. Et apparaît là une rupture essentielle, la même que constatera Aimé Césaire dans sa « Lettre à Maurice Thorez » en 1956, la même que nous constatons aujourd’hui…

    Qu’est-ce à dire ? Que le colonisé ne demande plus seulement à entrer dans l’universel défini par l’Europe, mais qu’il commence à s’interroger sur cet universel ?

    Cette question traversera Aimé Césaire, comme Frantz Fanon et, sous d’autres formes, toute la pensée décoloniale actuelle portée par Marcellin Nadeau ou Malcom Ferdinand. L’un des rares à apporter quelque réponse aujourd’hui est sans doute le philosophe Patrick Viveret.

    Revenons à Césaire. Il comprendra que la colonisation ne détruit pas seulement des économies ou des institutions mais qu’elle produit essentiellement un rapport au monde dans lequel certains humains peuvent être traités comme des objets, des forces de travail, des populations à administrer, des territoires à exploiter. Autrement dit que la colonisation est aussi une manière de fabriquer le monde. Et c’est ici que Césaire rencontre, à distance, Arturo Escobar.

    Césaire ou comment sortir du monde colonial, de la colonialité

    Césaire n’a évidemment jamais parlé de « plurivers » comme Escobar. Mais sa pensée permet de comprendre pourquoi cette notion résonne si fortement avec l’histoire antillaise. Le problème colonial n’est en effet pas simplement que les Martiniquais, les Guadeloupéens ou les peuples africains auraient été mal gouvernés par une puissance extérieure. Il est plus profond. Et il consiste en ce que leur monde a été redéfini à partir d’un autre centre. C’est cela la colonialité pour nous. Que la plantation a organisé la terre, le travail, la hiérarchie sociale, les rapports de race et les circulations économiques, qu’elle a produit une manière particulière d’habiter la Terre. C’est précisément ce que Malcom Ferdinand avance aujourd’hui avec la notion d’« habiter colonial ». Dans Une écologie décoloniale, il montre principalement que la crise écologique contemporaine ne peut être séparée de l’histoire coloniale et esclavagiste, que l’exploitation des humains et celle de la nature ont été historiquement liées, et que l’écologie ne peut donc être réduite à la seule protection abstraite d’une planète dont on oublierait les rapports de domination qui ont façonné les sociétés. L’écologie décoloniale pose alors une question redoutable qui est celle de savoir quel monde voulons-nous sauver, et pour qui ?

    Escobar et Ferdinand : du monde colonial au plurivers

    Les deux pensées se rejoignent là. Ferdinand nous dit qu’il faut se gardera d’une écologie qui prétendrait sauver « la planète » en oubliant ceux que l’histoire coloniale a placés dans la cale du navire. Escobar nous dit, lui, de faire attention à un univers politique qui prétend définir une seule manière légitime de vivre, de produire, de posséder, de connaître et d’habiter. L’un déconstruit l’habiter colonial. L’autre ouvre la possibilité d’un plurivers. Entre les deux, il y a une même intuition qui est de dire que l’émancipation ne consiste pas seulement à redistribuer les richesses dans le monde existant, mais aussi à rendre possible d’autres manières de faire monde.

    Voilà peut-être l’une des grandes questions que la Gauche contemporaine a perdues.

    C’est ici que l’expérience de Marcellin Nadeau devient politiquement intéressante. Il n’est pas la traduction politique française d’Escobar ou de Ferdinand. Mais son parcours politique fait apparaître, dans la pratique, une problématique qui leur est proche. Élu du nord de la Martinique, ancien maire du Prêcheur et aujourd’hui député du groupe GDR, il a progressivement articulé les questions d’écologie, de souveraineté, de territoire et de justice sociale. Ses travaux parlementaires récents portent notamment sur l’eau, l’énergie, l’assainissement, les sargasses, la souveraineté alimentaire et la reconnaissance juridique des entités naturelles. Son intervention sur l’adhésion de la Martinique à la Caricom est particulièrement révélatrice de son engagement. Il y défend l’idée que la Martinique ne peut pas être pensée seulement comme une « région ultrapériphérique de l’Europe », mais doit être replacée dans son espace historique et géographique caribéen. Il invoque même Césaire pour appeler à réconcilier « la géographie avec l’histoire ». Ce déplacement du regard est fondamental. En effet, Politique, il pourrait simplement demander davantage de crédits pour la Martinique. Non, il va plus loin et s’interroge implicitement sur l’idée consistant à comprendre depuis quel espace penser la Martinique, les Outre-mer ? Depuis Paris ? Depuis Bruxelles ? Depuis l’Hexagone ? Ou depuis la Caraïbe, l’Océan indien, le Pacifique ? La question interpelle la géographie. Elle interpelle aussi l’histoire. Mais elle interpelle d’abord la politique, et comme le propos d’Escobar est aussi ontologique.

    Retrouver le fil

    Que conclure de tout cela et de ces continuités notamment ? Qu’il est impossible de parler à la place des dits outre-mer, encore moins pour leur expliquer ce qu’ils doivent être ou faire. Plutôt d’essayer de comprendre pourquoi une partie de la Gauche française a cessé de considérer les outre-mer comme une question centrale de son propre projet politique. Et il faut reconnaître qu’il existe là un paradoxe. La Gauche parle de justice sociale, d’écologie, de féminisme, de mondialisation, de discriminations, de démocratie, de souveraineté populaire. Mais elle « tourne désormais à vide », et a parfois du mal à reconnaître que les dits outre-mer constituent précisément des territoires où toutes ces questions se rencontrent. Qu’ils sont héritiers de l’esclavage et de la plantation. Le scandale du chlordécone est un catalyseur. C’est aussi bien histoire coloniale, agricole, sanitaire, environnementale que politique. De même des Sargasses qui font écho au dérèglement climatique, à la vulnérabilité insulaire, à la santé et à la capacité d’action publique, importantes dans les Outre-mer. Quant à l’eau, voilà encore un sujet de colonialité quand on regarde les infrastructures, le territoire, les inégalités et le modèle de développement, qui a permis qu’on en arrive où l’on en est, à savoir qu’en pays développé, on manque cruellement d’eau. Autre question fondamentale que la souveraineté alimentaire, avec une dépendance économique et une capacité de produire localement, organisées structurellement. Enfin, idem des relations infra-caraïbéennes réduites à une peau de chagrin. Non, la Martinique, les Outre-mer ne sont donc pas des questions périphériques.

    Nous pensons même qu’elles pourraient être un laboratoire de ce que devrait être une Gauche du XXIe siècle.

    Le paradoxe de la périphérie

    Voilà peut-être le point aveugle. La France regarde souvent ses outre-mer comme des périphéries auxquelles il faudrait appliquer des politiques adaptées. Mais Escobar nous obligerait à poser une question différente : et si la périphérie avait quelque chose à apprendre au centre ? C’est une inversion intellectuelle. La Martinique, les Outre-mer, ne seraient plus simplement un territoire auquel Paris doit apporter des solutions. Elles deviendraient des territoires depuis lesquels on peut penser autrement la crise écologique, la souveraineté, la dépendance économique, le rapport à la mer, la vulnérabilité climatique, la mémoire coloniale et les formes de démocratie territoriale. C’est exactement ce que signifie, chez Escobar, le déplacement vers le plurivers. Il ne s’agit plus de considérer qu’un seul centre possède la définition du réel et que les périphéries doivent simplement s’y adapter.

    Alors se pose in fine la question désormais de la Gauche, d’une Gauche qui aurait oublié son propre mouvement Alors, que reste-t-il de Jaurès ? Que reste-t-il de Lamine Senghor ? Que reste-t-il de Césaire ? Il faudrait demander à la Gauche de retrouver son mouvement intellectuel, en repartant de ceux qui sont dominés pour remettre en question l’ordre qui prétend définir l’universel. C’est peut-être cela, au fond, le fil rouge. Clemenceau contestait l’idée que la République puisse conquérir des peuples au nom d’une prétendue supériorité. Lamine Senghor découvrait que l’internationalisme devait prendre au sérieux la domination raciale et coloniale. Césaire refusait que l’émancipation européenne puisse être séparée de la catastrophe coloniale. Ferdinand montre que l’écologie elle-même doit être décolonisée. Escobar affirme qu’il faut rouvrir le champ du possible et reconnaître la coexistence de plusieurs mondes. Et Nadeau, depuis le nord extrême et déshérité de la Martinique,  mais viscéralement accroché aux flancs du volcans de la Montagne Pelée, tente de faire entrer dans le débat parlementaire français des questions qui ne peuvent être comprises si l’on refuse de regarder depuis la Caraïbe. Voilà le fil rouge, la continuité à renouer.

    Ces hommes ne disent pas la même chose. Tous interpellent pourtant la Gauche de la même façon en posant non pas la question de savoir si la Gauche française est ou non favorable à la décolonialité, mais plutôt de demander : « Êtes-vous encore capable d’imaginer un monde différent de celui que le système dominant vous présente comme le seul monde possible ? »

    C’est cela la vraie question. Si la réponse est oui, alors il faut accepter de regarder autrement les dits outre-mer. Non comme des exceptions. Non comme des problèmes particuliers. Non comme des territoires auxquels il faudrait simplement appliquer davantage de différenciation administrative. Mais comme des vrais lieux de pensée politique. Des lieux depuis lesquels peuvent surgir d’autres conceptions de la souveraineté, de la démocratie, de l’écologie, de la production, du territoire et de la relation au monde. La Gauche pourrait alors redécouvrir quelque chose qu’elle savait autrefois, qui est que l’universel ne se décrète pas depuis un centre, mais se construit dans la rencontre des expériences humaines. Et peut-être même faudrait-il aller encore plus loin. Car l’enjeu d’Escobar dans son livre n’est pas simplement de demander à la Gauche d’intégrer les outre-mer à son logiciel. Il lui demande implicitement de changer de logiciel, de passer d’un monde unique à un plurivers, de passer de l’idée que les périphéries doivent rattraper le centre à celle selon laquelle le centre lui-même peut apprendre des périphéries, de passer d’une écologie qui protège la nature à une politique qui interroge notre manière d’habiter la Terre, enfin de passer d’une République qui administre la diversité à une démocratie capable d’entendre des manières différentes de faire monde.

    C’est peut-être là que Césaire, Lamine Senghor, Ferdinand, Escobar et Nadeau se rejoignent. Et c’est peut-être aussi là que se trouve une question décisive pour la Gauche. Pas de savoir comment reconquérir le pouvoir dans le monde tel qu’il est, mais plutôt quel monde elle veut encore être capable d’imaginer. Si elle ne sait plus répondre à cette question, en effet, elle pourra toujours proposer des programmes. Mais elle aura peut-être perdu ce qui faisait historiquement sa raison d’être : la conviction que l’ordre existant n’est jamais le seul monde possible, qu’au bout du monde… commence un autre monde possible.

    Pascal Margueritte

  • L’écologie à l’épreuve de ses contradictions

    L’écologie à l’épreuve de ses contradictions

    À propos d’ « Urgence politique, nécessité écologique » de Lucile Schmid (PUF-Mars 2026)[i]

    L’écologie traverse une crise politique. Voilà qui est devenu presque banal à dire aujourd’hui tant les exemples sont a priori criants. Et d’autant plus remarquables à l’approche des échéances électorales présidentielles de 2027. Encore faut-il en prendre la mesure exacte, et c’est précisément l’intérêt du livre de Lucile Schmid, « Urgence politique, nécessité écologique » paru cette année 2026 aux PUF, qui refuse toutes simplifications de bon (ou de mauvais) aloi de circonstances. 

    Loin d’opposer de façon abstraite écologie et démocratie, son livre – dont au passage on apprécie la clarté d’exposition et le style délié – met au jour une série de tensions internes qui empêchent encore l’écologie de devenir un principe structurant du politique. On sent que Lucile Schmid vit ce psychodrame de l’intérieur, et que l’objet de ce livre est aussi pour elle une sorte de catharsis. Elle ne se résout pas à imaginer un « nouveau monde politique » dominés par l’extrême droite et ses idées. Elle veut encore croire au projet d’une « écologie majoritaire ». « Il n’y a pas à balancer, dit-elle. L’écologie doit devenir majoritaire ».[1] Elle demande d’imaginer une rupture pour porter l’écologie au pouvoir qui nécessiterait d’esquisser une diplomatie écologique, un budget écologique, une politique migratoire écologiste, une justice écologique. Elle va même jusqu’à solliciter un réexamen de certains des principes fondateurs de la construction européenne, le libre-échange et la libre concurrence avec une approche écologique.[2] Elle aspire aussi à une incarnation de la démarche écologique, un peu comme François Mitterrand a pu l’être pour la Gauche progressiste des années 1970. Bref, Lucile Schmid ne désespère pas « à y croire et le faire ».[3]

    Pourtant, son ouvrage n’est pas un manifeste, ni une exhorte, c’est plutôt un diagnostic construit et méthodique qui décrit presque une cartographie des blocages contemporains. L’auteur, et c’est un exploit, a su prendre la distanciation nécessaire pour apporter de la pesanteur à son propos.

    Pour une écologie majoritaire

    Le diagnostic se révèle par sa structure, en quatre temps, qui dévoile une logique implacable. 

    Le premier chapitre, consacré à « l’écologie contre le peuple », part d’un constat rarement assumé d’ailleurs avec autant de clarté chez les écologistes qui établit que l’écologie suscite défiance et résistance. À travers les figures de « l’écologie punitive », de la « cyclothymie politique » ou d’une « société contre elle-même », Lucile Schmid décrit là un malentendu profond. L’écologie apparaît tour à tour comme contrainte injuste, comme injonction morale ou bien comme menace sociale. Elle peine à se traduire en horizon désirable. 

    Ce diagnostic établi comme un dépit amoureux par Lucile Schmid n’est pas sans rappeler les analyses de Pierre Rosanvallon sur la crise de la légitimité démocratique ou la difficulté à produire un horizon commun.[4] Il y a matière à réflexion.

    Le deuxième chapitre toutefois inverse la focale et se veut plus révolté et combatif. Fini le désabusement. C’est « la politique contre l’écologie » et l’autrice, là, ne se contente pas de dénoncer l’aveuglement des gouvernants, elle s’insurge contre les formes mêmes du jeu politique contemporain. Inique. On reconnaît là l’autrice, femme par ailleurs d’action et de conviction dans ses combats personnels. La voilà qui dénonce le « culte du chef », la marginalité persistante des partis écologistes, la tentation radicale de certains activismes, ou encore la fragilité du Pacte vert européen qui, mis bout à bout, composent selon elle un paysage instable. L’écologie n’est pas seulement rejetée par ses contempteurs, elle est aussi elle-même incapable de s’imposer durablement. 

    Ce double constat, celui de la défiance populaire et celui de la faiblesse stratégique, donne au livre une tonalité plus critique qu’il n’y paraît d’abord. Loin d’un apparent conformisme de précaution, Lucile Schmid construit même une pensée qu’on aurait pu ne pas imaginer chez elle, de rupture. 

    Et dans ce registre, elle est particulièrement convaincante.

    Démocratie et écologie

    C’est dans ce contexte qui se construit dans l’essai comme une dramaturgie de théâtre classique, avec rebondissements, que s’ouvre le troisième moment, sans doute le plus décisif, « démocratie et écologie, un nouvel espace-temps ». Lucile Schmid y propose une relecture des expériences récentes, COP, conventions citoyennes, mobilisation des chercheurs, initiatives locales, perçues comme autant de tentatives pour recomposer les échelles du politique. La question devient alors celle de la temporalité. L’autrice se demande comment articuler le long terme des transformations écologiques avec le quotidien des pratiques sociales et le rythme des institutions ? On retrouve ici, en filigrane, une interrogation proche de celle déjà formulée par Bruno Latour sur la nécessité de redéfinir les cadres du politique à l’ère des interdépendances terrestres.[5] Mais Lucile Schmid concrétise cette problématique. L’écologie ne peut plus être pensée selon elle dans les catégories classiques de l’action publique. Elle exige un déplacement des formes mêmes de la décision. Une rupture donc ?

    Le dernier chapitre, consacré aux « bifurcations », est celui que nous avons le plus apprécié tant il ouvre sur une série d’inflexions possibles, pragmatiques et sensibles. Bifurcations ! Donc pas rupture mais contournement plus subtil… Qu’est-ce à dire ? Il ne s’agit dans la pensée schmidienne ni de réforme marginale ni de rupture révolutionnaire, mais de changements d’orientation capables de reconfigurer progressivement le système politique et social. 

    L’écologie apparaît alors comme une ligne de tension permanente, appelant à des ajustements continus plutôt qu’à un basculement unique et drastique.

    Bifurcations

    De fait, une telle démarche se distingue des approches qui inscrivent la crise écologique dans une histoire plus longue de la modernité. 

    Les approches décoloniales ont notamment insisté déjà sur le lien entre destruction du vivant, expansion coloniale et hiérarchisation des mondes dans une forme de temps long de type braudélien. Dans Nous sommes la Nature (2024)[6] par exemple, nous avons tenté de montrer avec Marcellin Nadeau que l’écologie ne pouvait être pleinement pensée sans un déplacement historique et épistémique, allant même jusqu’à affirmer que le stade suprême du capitalisme était la colonisation. 

    À cet égard, le livre de Schmid adopte une autre stratégie, d’approche, plus intérieure, plus essentielle. Tout en étant curieuse et sensible à notre démarche décoloniale de prise de (dé)conscience, elle travaille de son côté moins à décentrer le regard qu’à réparer les médiations politiques existantes en interne. 

    Deux chemins sensibles qui, dans leurs différences, tendent cependant peut-être vers le même but. Refonder une écologie humaine, sociale et humaniste. Il y a du Patrick Viveret chez Lucile Schmid. Non pas à remettre l’Homme dans la Nature, mais à être la Nature lui-même.

    La divergence, si elle est nette, n’est toutefois pas totale. Car en plaçant au cœur de son analyse la question du contrat social écologique par exemple, à l’instar de Bruno Latour, Lucile Schmid reconnaît elle aussi que l’écologie engage à une transformation du commun. Et sous des langages différents, c’est une même intuition qui affleure et chez elle et chez nous certainement, qui consiste fondamentalement à considérer que la crise écologique est une crise des relations, relations entre citoyens et institutions, relations entre sociétés et milieux de vie, relations entre présent et futur, relations entre centres et périphéries, relations entre colonialités et peuples dominés, relations entre homme et nature. 

    L’écologie cesse dans cette approche novatrice d’être un domaine d’observation critique pour devenir une épreuve du politique lui-même. Et la séquence de sécheresse et d’incendies massifs de l’été 2026 nous le montre. Quatre ans après les incendies du Sud-Ouest de la France, aucune leçon n’a été tirée par le gouvernement, ni aucune politique massive de prévention et de lutte impulsée. Au grand dam des pompiers eux-mêmes, révoltés et finalement grévistes sans réponses, bien qu’ils soient les premiers à exposer leurs vies aux risques naturels.

    C’est ici que peut s’esquisser légitimement peut-être une discussion sympathique, plus qu’une critique. La force du livre de Lucile Schmid est de poser des questions, beaucoup de questions, et c’est rare de nos jours, en décrivant notamment avec précision les blocages contemporains et en refusant aussi les illusions d’une solution simple. Mais son pari, qui semble être celui d’un dépassement démocratique de ces tensions multiples, laisse ouverte précisément une autre question elle majeure pour nous. Les institutions héritées peuvent-elles réellement absorber une transformation dont elles ont, en partie, produit les conditions ? 

    À vouloir inscrire l’écologie dans la continuité du politique, voire même à la faire « bifurquer », ne risque-t-on pas d’en atténuer la portée transformatrice ? Il y a du Camus des « Justes » dans cette question, ou plutôt de l’ « homme révolté ».

    Urgence décoloniale

    La question, cependant, bien qu’elle soit vitale pour nous, n’invalide pourtant pas le projet porté par l’autrice. Elle en constitue peut-être même le point de tension le plus fécond et le plus porteur d’avenir. Entre réforme et déplacement, continuité et rupture, bifurcation et décolonialité, l’écologie politique cherche encore à n’en pas douter sa forme. Mais le livre de Lucile Schmid participe de cette recherche intellectuelle vivifiante de sens en lui donnant une cohérence et une lisibilité nouvelles. Il contribue ainsi, à sa manière, à doter l’écologie d’une colonne vertébrale. Et il y a là urgence ! Il ne s’agit là non pas d’un programme clos, mais d’une articulation de conflits, de temporalités et d’échelles à intégrer pour devenir opérants.

    Reste il est vrai que cette colonne vertébrale demeure instable. Et c’est peut-être là que se joue l’essentiel. L’écologie ne se contente plus de s’ajouter au politique, elle est politique tout en déplaçant les lignes et tout en ne sachant pas encore pleinement dans quel corps institutionnel s’inscrire. Entre bifurcations possibles et inerties persistantes, elle demeure suspendue, non comme une faiblesse, mais comme une question ouverte. Où atterrir ? 

    La clé est peut-être in fine à rechercher chez Lucile Schmid, qui nous parle dans toutes ses bifurcations politiques et intellectuelles, d’une bifurcation différente, personnelle, sensible, notamment lorsqu’elle évoque son enfance en Nouvelle-Calédonie, en Indonésie et au Vietnam auprès d’un père botaniste dans les forêts tropicales et en brousse. 

    Regarder, revenir à ces images, dit-elle, « c’est se demander ce qui a disparu, ce qui s’est éteint, ce que nous ne verrons plus… Éteindre la nature, c’est nous arracher à nous-mêmes… Pourrons-nous vivre dans un monde sans baleines ». Là est la question. Et elle y répond avec émotion : « bifurquer oui, mais pas seulement pour un coup d’éclat… (Mais) pour que la Nature ne meure pas ».[7]

    Aimé Césaire, comme Lucile Schmid peut-être, nous disait qu’il se verrait bien réincarner en un arbre, le fromager, aux puissantes racines et à la canopée luxuriante, capable de résister aux plus instables séismes ou aux plus violents ouragans des Antilles. Car, disait-il, comme l’arbre résilient, il faut comprendre que « nous sommes la Nature ».

    Pascal Margueritte


    [i] Lucile Schmid est experte auprès de la « Fondation Jean-Jaurès », haute fonctionnaire, « énarque » de la promotion Montaigne, présidente du cercle de réflexion et d’action « La Fabrique écologique », vice-présidente de la « Fondation pour l’écologie », présidente du prix du roman d’écologie, membre du comité de rédaction de la revue « Esprit » et éditorialiste au journal « La croix ».

    [1] P.188

    [2] P. 200

    [3] P.204

    [4] Pierre Rosanvallon, « La légitimité démocratique. Les théories de l’intérêt général », revue « Humanisme »,

    2009,1, n°284, pp. 14-15 ; et « La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance », éditions du Seuil, Paris, 2006.

    [5] Bruno Latour, « Où atterrir ? Comment s’orienter en politique », éditions La Découverte, Paris, 2017, pp. 115-125.

    [6] Sur ces perspectives, voir notamment Arturo Escobar, « Sentir-penser avec la Terre. Une écologie au-delà de l’Occident », éditions du seuil, Paris 2018 ; et Pascal Margueritte et Marcellin Nadeau, « Nous sommes la Nature ! Écologie, colonialité et liberté des peuples », éditions Idem, Paris, 2024.

    [7] P.207-208